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Super El Niño : Quel risque réel pour le Maroc ?

Dans les prochains mois, un phénomène climatique majeur pourrait s'installer dans le Pacifique, et ses effets pourraient se faire sentir jusqu'au Maroc.

Ce phénomène, c’est El Niño et il correspond à un réchauffement périodique d’une vaste zone de l’océan Pacifique équatoriale, dont la surface est comparable à celle de la Russie.

Figure 1 - Source: NOAA (https://www.noaa.gov/understanding-el-nino)

Il se manifeste de façon irrégulière, généralement tous les 2 à 7 ans et peut influencer le climat à l'échelle planétaire avec des conditions plus sèches en Australie et dans certaines parties de l’Asie du Sud-Est, des pluies souvent plus abondantes sur la Corne de l’Afrique, et températures hivernales souvent plus élevées sur le nord de l’Amérique du Nord, entre autres. L’Afrique du Nord n’est généralement pas considérée parmi les régions les plus impactées par El Niño.

Figure 2 - Credit: International Research Institute for Climate and Society, The Earth Institute, Columbia University (http://iri.columbia.edu/enso/); NPR

La semaine dernière, l’agence scientifique américaine NOAA a indiqué qu’un épisode El Niño pourrait se développer cet été et persister jusqu’à l’hiver prochain, et serait possiblement d'une magnitude parmi les plus intenses sur les 140 dernières années : on parle ici d'un "Super El Niño". Les incertitudes restent toutefois élevées à ce stade, la prévisibilité d’El Niño étant généralement moins fiables au printemps.

Si avéré, cet épisode pourrait signifier pour le Maroc d'intenses vagues de chaleur cet été, et un recul des précipitations l'hiver prochain. Le climatologue Mohammed Saïd Karrouk explique que ce phénomène peut empêcher l’arrivée des masses d’air froid nécessaires à la formation des pluies en Afrique du Nord.

Ceci n'est cependant pas une sentence ! Au Maroc, les effets d’El Niño sur les précipitations ne s’expriment pas de manière mécanique : ils dépendent d’interactions complexes avec les circulations nord-atlantiques et méditerranéennes, qui peuvent en atténuer ou en réorienter les effets. El Niño est souvent associé à des déficits pluviométriques, en particulier au printemps, mais ce n'est pas toujours le cas. Entre 1960 et 2025, les épisodes El Niño forts n'ont pas forcément été suivis d'un déficit pluviométrique annuel.

Figure 3: Anomalies de précipitations annuelles par rapport à la moyenne 1980-2010, en moyenne sur tout le Maroc.

Les pluies abondantes de 2026 ont offert un répit hydrologique réel, en reconstituant une partie précieuse des réserves des barrages, sans pour autant effacer la vulnérabilité structurelle du pays. Dans un contexte de réchauffement climatique, de pression croissante sur les nappes et de tendance de fond à l’aridification au Maroc, un possible épisode El Niño doit être lu non comme une condamnation automatique, mais comme un risque supplémentaire à intégrer sérieusement dans une stratégie de long terme pour assurer la sécurité hydrique du royaume.

Sources:

https://maroc-diplomatique.net/super-el-nino-le-maroc-face-a-un-risque-de-retour-brutal-a-la-secheresse
https://www.cpc.ncep.noaa.gov/products/analysis_monitoring/enso_advisory/ensodisc.shtml
https://ut3-toulouseinp.hal.science/hal-04913868/file/Driouech_2020.pdf