Le Mejhoul (inconnu en arabe) est une datte charnue, moelleuse, une datte noble et chère que l’on consomme au Maroc surtout pendant les fêtes et cérémonies.
Cette variété est le résultat de siècles de sélection volontaire de la part des agriculteurs des oasis marocaines pour obtenir des palmiers dattiers adaptés à leur sol, à leur climat et à leur goût.
Résultat : une diversité variétale impressionnante, on parle de 474 variétés marocaines dont les plus connues sont Boufeggous, Bouskri… et le Mejhoul !
Malheureusement, cette variété est l’une des plus sensibles à une maladie grave : la fusariose du palmier dattier, aussi connue sous le nom de « bayoud ».
Cette maladie est l'une des principales raisons de l'effondrement du nombre de palmiers dattiers au Maroc depuis la fin du 19e siècle de 15 à 4 millions aujourd’hui.
En quête désespérée de solutions, les autorités coloniales françaises appellent en 1927 une délégation internationale de scientifiques pour étudier le « bayoud ».
Un de ces scientifiques, le botaniste américain Walter Swingle, voyant le potentiel commercial du Mejhoul, en envoie 11 plants sains de Boudenib vers la Californie.

Certains plants survivent et la culture du Mejhoul se développe en Californie dans une région sans Bayoud. Le Mejhoul s’américanise et son nom devient « Medjool ».
La variété est ensuite exportée vers d’autres pays, également indemnes de la fusariose. Un pays en intensifie particulièrement la production : Israël.
Israël couvre aujourd’hui 70% des exportations mondiales de Medjool, avec des exportations annuelles de 30 000 tonnes.
Si ces volumes sont relativement faibles, le Medjool est une datte très chère (jusqu’à 5 fois plus que la Deglet Nour) et représente donc en valeur près d’un quart des exportations mondiales de dattes. De quoi faire d’Israël un véritable géant de la datte !
Problème : une large partie de ces volumes proviennent de colonies illégales en Cisjordanie accaparant eau et terres pour irriguer des monocultures de Medjool.
Dans le même temps, le Maroc, pays d’origine de la variété, n’en produit que très marginalement.
Et s’il existe un nouvel élan pour la production de Medjool au Maroc, c’est en grande partie dans des exploitations industrielles qui surexploitent les eaux souterraines et fragilisent l’approvisionnement en eau des oasis.
La carte ci-dessous montre le développement de ce modèle de plantations autour de l’oasis de Boudenib, où les points bleus sur la carte de 2025 sont des méga-bassines, parfois de plusieurs hectares chacune, destinées à l'irrigation de monocultures de palmiers dattiers.

Pour créer un avenir vraiment durable pour notre reine des dattes, il faudrait plutôt soutenir techniquement et financièrement les petits producteurs familiaux, pour réhabiliter leurs plantations et leurs systèmes d’irrigation.
Il faudrait également que la protection géographique IGP Mejhoul du Tafilalet soit promue à l’international pour redonner au Medjool son nom originel : Mejhoul !
Analyse par Ali Hatimy
Publication originale sur LinkedIn, Février 2026
Sources :
- Sur la richesse génétique du palmier dattier au Maroc https://fr.scribd.com/document/1016838064/96605881-1
- Sur la domination israélienne sur le marché global du Mejhoul https://eng.munabulletin.com/international/news/3336
- Sur le développement récent de monocultures de palmiers dattiers au Maroc https://www.agriculture.gov.ma/fr/actualites/province-errachidia-presentation-du-plan-de-developpement-du-palmier-dattier-et