Dans le Gharb au nord-ouest du Maroc, on observe partout l’apparition de rectangles bleus et de nouvelles parcelles d’arbres. Une bonne nouvelle ?
Pas vraiment. Ces parcelles, ce sont des plantations d’avocat dont la superficie a triplé au Maroc entre 2018 et 2024 pour dépasser désormais les 12 000 hectares.
Si l’avocatier est une culture très rentable, son impact environnemental est massif !
Sur cette carte près de Tifelt, les parcelles d’avocatiers couvrent 150 hectares et sont irriguées par deux méga-bassines aussi grandes que deux terrains de foot... chacune !

Mais comment une culture aussi gourmande en eau s’est-elle développée autant dans un pays semi-aride ?
Il faut d’abord préciser que la culture de l’avocatier n’est pas aberrante partout au Maroc.
Dans certaines zones comme Larache, la pluviométrie annuelle approche les 800 millimètres. L’avocatier, lorsqu’il est cultivé sur des sols riches en humus et retenant bien l’eau, a alors un besoin en irrigation raisonnable, de l’ordre de 400 millimètres.
Mais avec les subventions du Plan Maroc Vert depuis 2008, la culture de l’avocatier a été rendue artificiellement rentable dans des zones défavorables comme Tiflet.
Avec une pluviométrie annuelle de 400 millimètres et des sols retenant moins l’eau, il faut apporter jusqu’à 1200 millimètres d’irrigation, soit 3 fois la pluviométrie annuelle !
Le problème c’est qu’aujourd’hui la majorité des surfaces d’avocatier sont bien cultivées sur des zones défavorables.
Depuis 2022, sur fonds de sécheresse et de pression populaire, les subventions à l’irrigation pour l’avocatier ont été suspendues. Mais des surfaces records de nouvelles plantations ont été enregistrées en 2024. Pourquoi ?
D’une part, les coûts d’irrigation élevés sont mieux amortis grâce à des prix à l’exportation toujours très élevés, de l’ordre de 3$/kilo, des agriculteurs plus expérimentés et une filière mieux structurée.
D’autre part, des fonds d’investissement (allemands, émiratis, israéliens…) ont intégré le secteur de l’avocat, jugé très rentable, et peuvent assumer des coûts d’entrée élevés.
Mais ce désastre environnemental pourrait paradoxalement prendre fin grâce au… réchauffement climatique et aux canicules extrêmes qui deviennent plus fréquentes.
La canicule de juin 2025, avec 49°C atteint à Moulay Bousselham, a provoqué un tel stress pour les avocatiers que 40 à 50% de la récolte est tombée prématurément.
Pire, avec moins de fruits sur chaque arbre, les arbres ont fait des fruits plus gros, les moins prisés sur le marché international.
Le développement de l’avocatier au Maroc doit donc servir de leçon d’humilité : on peut forcer la main à la nature, mais cela nous reviendra toujours en pleine figure !
Analyse par Ali Hatimy
Publication originale sur LinkedIn, Octobre 2025
Sources :
- Données FAOSTAT pour les surfaces cultivées et TradeMap pour les flux commerciaux
- Sur l'impact écologique de la culture d'avocats au Maroc : https://reporterre.net/La-culture-de-l-avocat-asseche-le-Maroc
- Sur les pertes massives de récolte suite à la canicule de juin 2025 : https://www.freshplaza.fr/article/9755991/les-producteurs-d-avocats-au-maroc-assureront-un-approvisionnement-regulier-malgre-les-pertes-de-volume/