Reconnaissez-vous ce fruit dont le prix avait largement dépassé celui de la vanille verte en 2022 ?

Voilà quelques indices :
1 - Le fruit en question est comestible mais le vrai trésor se cache dans ses graines. La gomme de ses graines est plus connue sous le nom mystérieux de E410.
Cette gomme agit comme texturant et stabilisant alimentaire. Elle améliore notamment l’onctuosité et c’est pour cela que vous en retrouverez souvent dans les glaces !
2 – L’arbre qui le produit est présent spontanément dans les forêts méditerranéennes mais est aussi largement cultivé. Les deux principaux producteurs, et de loin, sont le Maroc et l’Espagne.
3 – Ses graines, toutes d’un poids très régulier, étaient l’unité de mesure utilisée par les joailliers arabes pour peser les pierres précieuses. Cette unité de mesure est le « carat » et a pour étymologie le nom du fruit.
Le suspense n’a que trop duré. Je suis… la caroube !
Cette photo a été prise à l’Arbâa Tighedouine dans le Haouz début 2021. A cette époque le prix payé au producteur avait atteint 22 dirhams le kilo (2 euros). Un an plus tard, le prix avait explosé pour atteindre 200 dirhams le kilo (20 euros).
C’est particulièrement étonnant quand on sait que la caroube est connue par les marocains de plus de 50 ans comme un « fruit du pauvre » et qu’un seul arbre adulte peut produire plus de 200 kilos.
Pourquoi des prix aussi hauts ?
D’abord, parce que l’Espagne, grand pays producteur, a divisé sa production par 5 depuis les années 1970. Le Maroc est alors devenu le principal pays exportateur, et de loin.
Or la sécheresse de 2022 a divisé la production par 2 et sachant que la gomme de caroube est très difficilement remplaçable, les industriels étaient alors prêts à payer (très) cher pour les faibles volumes disponibles.
20 euros payés au producteur, c’est plus que le prix payé actuellement pour un kilo de vanille verte en Ouganda ou à Madagascar (3-5 euros) et presque autant que le prix d’exportation de la vanille d’extraction (20-35 euros).
Aujourd’hui, le prix de la caroube a retrouvé des niveaux plus habituels autour de 10-20 dirhams le kilo payé au producteur.
S’il est donc risqué d’investir dans le caroubier sur de grandes surfaces au vu de la volatilité des prix, le caroubier reste une option de diversification intéressante.
C’est en particulier un allié dans l’adaptation climatique de l’agriculture marocaine puisque le caroubier résiste à la sécheresse, demande peu de travail et structure des systèmes agroforestiers vertueux.
Dans le Haouz, les associations caroubiers, oliviers, céréales sont courantes et permettent de dégager une valeur ajoutée à l’hectare supérieure à des céréales ou des oliviers seuls.

Exemple d'une parcelle paysanne combinant caroubier (à droite), iris (au centre) et oliviers (à gauche). Arbâa Tighdouine, 2021.
Il reste désormais à structurer une filière de la caroube au Maroc qui ne dépende pas seulement des exportations de graines mais qui valorise également sa pulpe. Il s'agit alors de (re)donner envie aux marocains d’en manger, brute, en confiture, en substitut de chocolat ou autre.
Parce que l’agroécologie passe aussi par notre alimentation.
Analyse par Ali Hatimy
Publication originale sur LinkedIn Avril 2026
Sources :
- Données douanières sur TradeMap et UNComtrade, code HS pour la caroube : 121292 et 130232
- Sur la caractérisation générale de la caroube, de sa culture et de son utilisation industrielle : https://revues.imist.ma/index.php/Afrimed/article/download/48029/27720/150489
- Sur le potentiel de développement de la caroube en Méditerranée, notamment dans un objectif de résilience climatique : https://medforest.net/2026/04/30/carob-a-mediterranean-tree-for-our-times/