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Eau, Agriculture et Énergie: Analyse des programmes des partis pour les législatives 2026.

Nous avons comparé les programmes pour les législatives de 7 partis politiques marocains sur les 3 thèmes : Eau, Agriculture et Énergie afin de synthétiser les principaux volets proposés.
L’analyse que nous vous proposons n’est pas un appel au vote à un quelconque parti. Elle n’a été commanditée par aucun parti et émane de façon indépendante de Nechfate, organisation de la société civile, souhaitant que la thématique écologique soit traitée avec plus de sérieux par les partis politiques.

1. Eau et Gestion Hydrique

PPS

  • Dessalement: capacité visée à 1,7 milliard m³/an (énergies propres)
  • Barrages et transferts: Interconnexion des bassins et augmentation du stockage.
  • Economies: Pertes des réseaux inférieures à 20% et consommation agricole réduite à 25%, grâce notamment à l’irrigation localisée.
  • Réutilisation: 50 % des eaux usées traitées
  • Gouvernance: Révision de la tarification des grandes exploitations. 1 200 m³ d’eau douce/habitant/an.

PAM

  • Dessalement : Construction de 6 nouvelles stations d'eau de mer pour une capacité supérieure à 1.8 milliard de m3/an pour sécuriser l'eau potable et l'irrigation.
  • Barrages et transferts : Réalisation de 400 petits barrages, barrages collinaires et retenues de pluie.
  • Economies: 350000 hectares supplémentaires en irrigation économe.
  • Réutilisation: Non spécifiée
  • Gouvernance: encadrement des prélèvements dans les nappes et de l'allocation de l’eau de barrages

PJD

  • Développement de l'offre : Accélération des grands/moyens barrages, des lacs colliniers, de l'interconnexion des bassins (autoroutes de l'eau) et du dessalement d'eau de mer alimenté par des ENR.
  • Optimisation et valorisation : Dévasement des barrages, réutilisation des eaux usées (espaces verts, industrie) et modernisation des réseaux pour réduire les fuites.
  • Gouvernance et préservation : Révision de la tarification pour lutter contre le gaspillage, encadrement des usages industriels/touristiques et contrôle du pompage illégal des nappes phréatiques.
  • Économies : rationalisation de la consommation domestique et des secteurs productifs; recyclage obligatoire de l'eau dans l'industrie et les activités consommatrices.

RNI

  • Grands projets & Mix hydrique : Accélération des barrages, interconnexions de bassins, stations de dessalement et grands chantiers d'infrastructures, sans capacité chiffrée. 
  • Economies : soutien à l'irrigation localisée
  • Gouvernance : Raccordements individuels multifonction dans les zones en stress hydrique, collecte des eaux de pluie. 

FDG + PSU

  • Dessalement : Alimentation par énergies 100% renouvelables et encadrement des rejets de saumure.
  • Gouvernance: priorité à l’eau potable, première tranche gratuite ou symbolique, tarification progressive, contrôle des nappes et restrictions sur les nouvelles extensions de certaines cultures gourmandes en eau.
  • Priorisation des usages : Priorité absolue à l'eau potable et à l'agriculture de subsistance ; relégation des golfs et des cultures d'exportation gourmandes au dernier rang. 
  • Tarification & Protection : Gratuité du volume vital pour les ménages modestes, tarification progressive, et gel des cultures fortement consuméristes (avocats, pastèques). 
  • Économies : 80 % de rendement des réseaux et réduction de 20% de la consommation agricole.
  • Réutilisation: 80 % d'eaux usées urbaines traitées dont au moins 50% réutilisées, avec un objectif de 180 millions de m3/an d'ici 2031.

PI

  • Politique « L'eau d'abord » : Priorité budgétaire absolue et gouvernance unique Eau - Alimentation - Énergie. 
  • Dessalement propre & industriel : Stations 100 % énergies renouvelables et création d'une filière marocaine industrielle exportable. 
  • Infrastructures & efficacité : Raccordement des bassins par autoroutes de l'eau, compteurs intelligents et réutilisation des eaux usées multipliée par 3 d'ici 2031. 
  • Gestion par bassin : Établissement d'un budget eau agricole fixant les cultures, superficies et aides autorisées par bassin. 

USFP

  • Dessalement et stockage : accélération du dessalement de l'eau de mer couplée aux énergies renouvelables, poursuite de la construction des barrages et interconnexion des bassins. 
  • Efficacité et recyclage : Modernisation du réseau pour limiter les fuites à moins de 15 % et généralisation de la réutilisation des eaux usées traitées (espaces verts, industrie, agriculture) via des réseaux séparatifs. 
  • Gouvernance : Stratégie nationale intégrée eau-énergie à l'horizon 2050, création d'un Observatoire national et soutien à la recherche scientifique. 

Analyse globale

Le PI évoque une régulation des surfaces irriguées et une adaptation des cultures par territoire.
Seul le FDG+PSU mentionne explicitement la régulation forte des cultures d’exportation intensives en eau comme l’avocat oriente l’irrigation en priorité vers l’agriculture familiale.
Nous appelons les Partis à considérer les projections climatiques et les conclusions alarmantes des agronomes et hydrologues marocains pour rompre d'urgence avec la politique gouvernementale actuelle.

2. Climat, énergie et Transition écologique

PPS

  • Énergies propres : Attendre 55 % de renouvelable dans le mix électrique (+4 GW) et réduire la dépendance énergétique extérieure de 90% à 80 %. 
  • Cadre & Émissions : Adopter un Code de l'environnement, 12 plans régionaux et réduire les émissions de GES de 30 % d'ici 2031, mobiliser BPI Maroc sur au moins 25 projets climatiques. 
  • Gouvernance : Rapatrier les actifs de La Samir à l'État, intégrer des budgets climatiques et taxer les activités polluantes. 

PAM

  • Énergies renouvelables : Augmentation de leur part dans la consommation électrique de 46 % à 52 %.
  • Stockage stratégique : Révision du contrôle des stocks stratégiques sous supervision directe de l'État. Gratuité des factures d’électricité inférieures à 100 DH par mois, financée en partie par une contribution de solidarité de 12 % sur les consommations dépassant 200 kWh par mois..

PJD

  • Protection naturelle et éducation : préservation des forêts, biodiversité, lutte contre la désertification/érosion et intégration de l'éco-citoyenneté dans les programmes scolaires.
  • Transition verte et déchets : Accélération des énergies renouvelables (solaire, éolien, hydrogène vert), décarbonation industrielle, tri, recyclage et valorisation énergétique des déchets.
  • Régulation et fiscalité : Contrôle des pollutions industrielles, application du principe pollueur-payeur et incitations fiscales pour les investissements écoresponsables.

RNI

  • Autoproduction solaire : Installation de panneaux solaires résidentiels sans apport initial, avec revente du surplus d'électricité. 
  • Transition & Souveraineté : Développement de l'hydrogène vert, du GNL et ouverture du marché de l'électricité moyenne tension. 
  • Résilience : Transformation de la contrainte hydrique en levier de développement territorial. 

FDG + PSU

  • Énergies & Souveraineté : Portée des Énergies Renouvelables à 55 % de la capacité électrique installée et 38% de la production  d’ici 2031. Nationalisation de la raffinerie La Samir pour sécuriser les approvisionnements. 
  • Fiscalité & Soutien Industriel : Taxe carbone de 100 DH/tonnes CO₂, compensée par des subventions de 80 % pour aider les PME locales à se décarboner. 
  • Gouvernance & Déchets : Études d'impact environnemental publiques et obligatoires, protection de 15 % du territoire national, et valorisation de 40 % des déchets d'ici 2035 avec décharges écologiques provinciales. 
  • Forêt: reboiser et restaurer 100000 hectares par an. Végétalisation urbaine pour les quartiers populaires.

PI

  • Tarification carbone & Fonds vert : Taxe carbone pour financer la décarbonation des entreprises (PME/TPE exportatrices). 
  • Conditionnalité sociale : Aides écologiques aux entreprises subordonnées à la hausse des salaires et à la stabilité des contrats. 
  • Préservation des ressources : Recharge artificielle des nappes phréatiques et intégration du risque de sécheresse dans le modèle macroéconomique. 
  • Achats publics verts : Critère d'impact écologique et de valeur ajoutée locale pesant au moins 30 % dans les marchés publics. 

USFP

  • Énergies renouvelables & intégration : Atteindre plus de 60 % d'électricité verte d'ici 2030 (solaire, éolien, hydrogène vert) avec 60 % d'intégration industrielle locale. 
  • Transition juste & efficacité : Subventions pour le solaire résidentiel/institutionnel, aides aux ménages modestes et plan national d'efficacité énergétique et de décarbonation. 
  • Protection de la nature : Plans nationaux de reboisement, lutte contre la désertification, préservation des oasis, forêts et zones humides. 
  • Régulation et finance : Contrôle strict des carrières, développement de l'économie circulaire/recyclage et réinvestissement des revenus verts dans l'adaptation climatique. 

Analyse globale

Le PAM, le RNI, l'Istiqlal et le PJD maintiennent la dépendance aux énergies fossiles importées, l'USFP se contentant d'une hausse minime des renouvelables malgré un volet écologique plus développé.
Si le PJD prône quelques mesures ciblées comme la nationalisation de la SAMIR, ce sont le PPS et l'alliance FDG+PSU qui en font une priorité souveraine, assortie de vrais plans environnementaux.
Le FDG+PSU va plus loin en proposant une taxe carbone pour accélérer la transition énergétique.

3. Agriculture et Souveraineté Alimentaire

PPS

  • Production et souveraineté : Porter de 40 % à 50 % la couverture des besoins alimentaires de base par la production nationale ; privilégier les céréales, les huiles végétales et le sucre ; auditer le Plan Maroc Vert et Génération Green pour réorienter la politique agricole (céréales, sucre, huile végétale).
  • Eau et durabilité : Réduire de 25 % la consommation d'eau agricole et augmenter de 50 % l'irrigation localisée et porter de 20 % à 30% les surfaces exploitées selon des pratiques durables. 
  • Soutien agricole : Soutenir 400 000 exploitations de moins de 5 hectares, augmenter de 50% les revenus des petits agriculteurs et des pêcheurs, porter les coopératives agricoles de 20 000 à 30 000 et former 100 000 agriculteurs/pêcheurs. 
  • Distribution et prix: créer 100 marchés de proximité et instaurer des mécanismes de stabilisation des prix.
  • Approvisionnement: Renforcer les stocks stratégiques de denrées essentielles.

PAM

  • Production et autosuffisance: conditionner les subventions agricoles (irrigation, semences et mécanisation) à l’approvisionnement du marché national. préviligier les exploitations familiales et moyennes. adapter les autorisations d’exportation aux besoins intérieurs.
  • Eau et durabilité: Équiper 350 000 ha supplémentaires en irrigation économe ; protéger les semences locales, les arbres fruitiers, les races animales locales et les pratiques agricoles traditionnelles ; développer la recherche sur l’adaptation climatique.
  • Agriculteurs et revenus: Soutenir les exploitations familiales et moyennes ; poursuivre la reconstitution du cheptel 11 Mds MAD (2025–2026) et améliorer les infrastructures d’abattage.
  • Distribution et prix: Créer 6 sociétés régionales de distribution, développer la chaîne du froid, le conditionnement et la tracabilité numérique, auditer annuellement les structures, rendre les marges plus transparentes et renforcer le contrôle des intermédiaires.

PJD

  • Priorité vivrière et régulation : Orientation vers la souveraineté alimentaire, restriction des cultures d'exportation gourmandes en eau et réforme des marchés de gros pour contrer la spéculation et les intermédiaires.
  • Soutien aux producteurs : aides directes aux petits/moyens agriculteurs, maintien des subventions sur les intrants, appui aux éleveurs pour reconstituer le cheptel et extension de l'assurance climat.
  • Innovation et efficacité : Généralisation du goutte-à-goutte/irrigation de précision et développement de la recherche nationale pour produire des semences locales résilientes.

RNI

  • Eau et durabilité: Soutenir l’irrigation localisée, la collecte des eaux pluviales et la sécurisation de l’approvisionnement pendant les sécheresses
  • Agriculteurs et revenus: Créer de 150 000 emplois ciblés dans le secteur agricole et le monde rural. Instituer une carte du travailleur saisonnier donnant progressivement accès à l’AMO, à la retraite, aux allocations familiales et à une allocation de retour à l’emploi 70% du salaire de référence pendant 6 mois max, sous conditions de cotisation. Encadrer les CDD. 
  • Emploi rural : Création de 150 000 emplois ciblés dans le secteur agricole et le monde rural. 
  • Protection des saisonniers : Carte du Travailleur Saisonnier garantissant AMO, retraite, allocations familiales et indemnité de retour au travail (70 % du salaire). 
  • Revenus : Alignement progressif du SMAG sur le SMIG. 

FDG + PSU

  • Production et autosuffisance: Plan de souveraineté alimentaire 2027–2035 ; objectif de 65 % d’autosuffisance céréalière d’ici 2031 ; priorité aux cultures vivrières, prix de référence pour les céréales et légumineuses et un million d’hectares en semis direct.
  • Eau et durabilité: Réduire de 20 % la consommation d’eau agricole en conditionnant les aides à une baisse réelle des prélèvements ; restreindre les nouvelles extensions de cultures gourmandes en eau dans les bassins critiques. Renforcer la banque nationale de semences, garantir le droit d’utiliser et d’échanger les semences paysannes et réserver des engrais issus de l’OCP à prix préférentiels aux petits agriculteurs.
  • Agriculteurs et revenus: Soutenir les exploitations de moins de 5 hectares ; porter à 25 % l’accès des femmes au foncier agricole, contre 6,9 % dans le diagnostic du programme ; garantir la parité dans les terres collectives, proposer des prêts à taux zéro aux coopératives féminines et développer couverture maladie, retraite et assurance climatique subventionnée.
  • Distribution et prix: Réserver 30 % des achats alimentaires des établissements publics concernés à l’agriculture familiale locale ; développer la vente directe, les coopératives, le stockage et le conditionnement ; moderniser les marchés de gros.
  • Approvisionnement: Constituer un stock stratégique national des denrées essentielles avec rapports périodiques au Parlement ; encadrer les exportations de légumes essentiels à une autorisation préalable en période de pénurie. Pour la pêche : revoir les licences hauturières par appels d’offres transparents, imposer le débarquement et la valorisation locale des captures dans les ports marocains, faire respecter le repos biologique et lutter contre la pêche non déclarée.
  • Équité Foncier & Sociale : Passer à 25 % de femmes propriétaires foncières d’ici 2031 pour corriger les effets des plans précédents. 
  • Autonomie d'Intrants : Création d’une Banque Nationale de Semences avec droit garanti d'échanger les semences paysannes, engrais OCP à prix préférentiels, et 1 million d'ha en semis direct. 
  • Circuit Court & Distribution : Quota de 30 % d'achats publics réservé aux producteurs locaux, création d'une Centrale publique de distribution contre la spéculation, et stock alimentaire stratégique. 
  • Pêche Maritime : Nouveau statut pour les marins-pêcheurs (remplaçant le texte de 1919), appels d'offres transparents et obligation de transformation locale des captures dans les ports nationaux. 

PI

  • Stocks de sécurité : Réserve stratégique obligatoire de 4 mois pour les céréales de base (et réserves en huiles, sucre, aliments du bétail). 
  • Circuits courts & anti-spéculation : Création de sociétés régionales d'achat et de stockage pour éliminer les intermédiaires (« Frakchia »). 
  • Souveraineté génétique : Programme national de semences hybrides et banque nationale de ressources génétiques végétales. 
  • Rendement au m^3 : Évaluation de la performance agricole au mètre cube d'eau consommé (DH/m^3) et non plus à l'hectare. 
  • Autosuffisance & Foncier : Liste de produits alimentaires souverains à seuil garanti et protection renforcée des terres agricoles utiles. 

USFP

  • Soutien ciblé & assurance : Réorientation des aides vers les petits et moyens agriculteurs via une plateforme numérique, prêts moussés pour les jeunes et renforcement de l'assurance sécheresse. 
  • Souveraineté alimentaire : Priorité aux cultures stratégiques (céréales, légumineuses, huiles), constitution d'un stock national de sécurité et réduction de 30 % des importations agroalimentaires. 
  • Resilience & technologie : Irrigation localisée, semences résilientes, systèmes d'alerte précoce et déploiement des énergies renouvelables sur les exploitations. 
  • Valorisation & économie rurale : Création de zones d'activités rurales, soutien aux PME/coopératives, label de qualité « Produit du Maroc » et instauration d'une préférence nationale dans la commande publique et l'hôtellerie. 

Analyse globale

Les actions de souveraineté alimentaire affichées par les partis relèvent souvent de mesures démagogiques comme l’élimination des intermédiaires “frakchia” mais ne détaillent pas de mesures réalistes pour y parvenir.
L’adaptation climatique est réduite à des solutions techniques sans évoquer les ressorts d’une adaptation réelle : systèmes de culture plus économes en eau et réduction des volumes prélevés dans les nappes.
Seul le FDG apporte des réponses rompant profondément avec la politique gouvernementale malgré un flou sur les leviers d’accompagnement à la transition agroécologique.

Sources des programmes :