Faites un don
Abonnez-vous
Comment le Maroc est devenu 4ème exportateur mondial d’avocats ?

C’est absurde mais vrai : le Maroc est devenu le 4ème exportateur mondial d’avocat en 2024 !

Au Maroc, l’avocatier est principalement cultivé dans la région du Gharb, certes l’une des plus humides du pays avec une pluviométrie moyenne de 600 millimètres par an, mais cela ne se compare pas aux besoins en eau de l’avocatier qui sont de l’ordre de 1800 millimètres.

1800 millimètres par an, soit 18 millions de litres par hectare, cela dépasse la pluviométrie d’Abidjan ou de Rio de Janeiro.
En dehors de zones très spécifiques, cette culture est donc complètement incohérente avec le climat du Nord-Ouest du Maroc.

C’est là qu’intervient la magie de l’irrigation : en arrosant les 1200 millimètres d’écart entre la pluviométrie locale et les besoins de l’avocatier, il devient possible d'en cultiver au Maroc, mais aussi en Espagne, en Israël et ailleurs en Méditerranée.

Sauf que pendant longtemps, le coût prohibitif de l’irrigation a contraint le développement de l’avocatier à grande échelle au Maroc.

La bascule a eu lieu au milieu des années 2000 quand les politiques agricoles marocaines ont tellement subventionné l’irrigation, qu’il est devenu possible de recréer, par une exploitation frénétique des eaux souterraines, le climat d’Abidjan au Maroc.


Si ces subventions sont suspendues pour l’avocatier depuis 2022 après plusieurs années de sécheresse extrême et de contestation populaire, le mal est fait : l’avocat étant une culture pérenne, les surfaces subventionnées entre 2008 et 2022 épuiseront les eaux souterraines du Gharb pour les 20 prochaines années, au moins.

Pire, la demande européenne est si forte et la filière si structurée que les surfaces augmentent désormais à un rythme sans précédent sans subventions : +1850 hectares en 2023 soit 2600 terrains de foot.

Mais… le réchauffement climatique pourrait bientôt freiner l’essor de l’avocat marocain.
La récolte de 2025 a été inférieure de 40 à 50% aux prévisions à cause des multiples canicules ayant dépassé les 40°C, un seuil provoquant l'avortement massif des fleurs et fruits.

L’augmentation en fréquence et en intensité de ces épisodes diminuera donc à terme la compétitivité de l’avocat marocain. Cet horizon de régulation par la catastrophe est tout sauf souhaitable car il risque de fragiliser l’économie du Gharb devenue très dépendante de la monoculture d’avocats.

Nous devons plutôt agir avec anticipation et revoir profondément notre feuille de route agricole et alimentaire.
Nous devons absolument diminuer et réguler les surfaces et les volumes irrigués, en particulier à partir des eaux souterraines. Nous devons aussi réfléchir le futur de notre agriculture par les prismes de l’adaptation climatique et de la souveraineté alimentaire : nous irriguons combien, pour produire quoi, pour alimenter qui ?

Typiquement, ces 1200 millimètres pour un hectare d’avocat pourraient irriguer 3 hectares d’un système complexe et nourricier fait d’oliviers, de caroubiers, de céréales et de légumineuses.

Analyse par Ali Hatimy

Publication originale sur LinkedIn  en Aout 2025

Sources :

  1. Caractérisation des flux commerciaux sur TradeMap. NB : le Maroc est, d'après les données douanières reportées sur TradeMap, 4ème exportateur en valeur d'avocats en 2024 si l'on exclut les ré-exportateurs ne produisant pas d'avocats sur leur territoire comme les Pays-Bas. La distinction exportations en valeur et en volume est importante car le Maroc, de par sa proximité de l'Europe et de par la qualité de ses calibres, exporte à un coût unitaire plus élevé que des pays comme l'Afrique du Sud ou le Kenya.
  2. Analyse complémentaire de Nechfate dans la zone de Tiflet : https://nechfate.ma/lavocatier-au-maroc-recit-dun-desastre-ecologique/
  3. Analyse des impacts écologiques et sociaux de la culture de l'avocatier au Maroc : https://reporterre.net/La-culture-de-l-avocat-asseche-le-Maroc