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Pistache : arme de guerre et de résilience climatique

Comment parler d’Iran et d’Etats-Unis sans parler de guerre et de nucléaire ?

La réponse réside en un cousin (au sens botanique) du manguier et de l’anacarde (noix de cajou), qui a été domestiqué il y a 3000 ans en Iran : le pistachier.

Pendant des siècles, la culture du pistachier se concentrait en Iran, et dans une moindre mesure en Syrie et en Turquie, avec des conséquences culinaires terriblement bonnes : baklava, knafeh, mouhallabié…

Mais depuis 2017, l’Iran n’est plus le premier producteur et exportateur mondial de pistaches et a été devancé par les Etats-Unis.

Petit historique de ce basculement.


Comme la datte Mejhoul marocaine, la pistache d’Iran a été introduite en Californie dans les années 1930.

Longtemps, cette production californienne a été confidentielle. Quelques vergers ont été plantés dans les années 1970 mais l’essentiel de la pistache consommée aux Etats-Unis venait toujours d’Iran.

Mais en 1979, l’avènement de la République Islamique et la prise d’otages à l’ambassade étasunienne de Téhéran dégradent la relation Iran-USA et fracassent le destin de la pistache iranienne.

Dans le sillage de nombreuses sanctions pour fragiliser l’économie iranienne, les Etats-Unis imposent une taxe douanière de 241% sur la pistache iranienne en 1986.

C’est cette taxe qui rendra la pistache californienne compétitive : sa production triple entre 1986 et 2000.

L’ascension de la pistache californienne a ensuite été aidée par… le changement climatique.
Plus sobre en eau et plus résistant à la chaleur que l’amandier, le pistachier a séduit de nombreux agriculteurs californiens en quête de diversification et de résilience climatique alors que l’eau se fait de plus en plus rare en Californie.

Résultat : les surfaces de pistachier en Californie ont été multipliées par 6 depuis 2001, pour atteindre désormais 250 000 hectares, soit la surface du Luxembourg.

Les Etats-Unis couvrent aujourd’hui 50 à 65% des exportations mondiales de pistaches contre environ 20% pour l’Iran. Dans les années 2000, c’était plutôt l’inverse.

Dans le même temps, la demande internationale de pistaches ne cesse de monter.

C’est le résultat d’un travail de fond du lobby californien de la pistaches qui paie régulièrement des influenceurs pour promouvoir la pistache. Mais c’est surtout le résultat d’un buzz spontané : celui du « Dubai chocolate ».

Quelques vidéos Tiktok et Instagram ont suffi à augmenter de 30% le prix d’une commodité agricole importante, une première !

Ce boom de la pistache touche aussi le Maroc dont les importations ont été multipliées par 3 depuis 2021 pour atteindre 350 millions de dirhams en 2025, soit plus d’un tiers de la valeur de nos exportations d’oranges !

C’est un comble surtout quand on sait que des pays voisins comme la Tunisie et l’Espagne ont développé la pistache à large échelle et qu’il s’agit d’une culture nécessitant peu d’irrigation et qui est viable au Maroc, notamment là où l’olivier et l’amandier sont aussi viables.

Il manque donc aujourd'hui une stratégie nationale de développement de la filière pistache répondant aux principales contraintes techniques (introduire la bonne variété au bon endroit, améliorer les taux de pollinisation) et commerciales (des acteurs sur toute la chaîne de valeur, y compris en décorticage, permettent aux producteurs d'écouler leurs volumes).

Analyse par Ali Hatimy

Publication originale sur LinkedIn  Avril 2026

Sources :

  1. Sur l'historique de la montée en puissance californienne https://www.nytimes.com/interactive/2026/04/02/business/california-pistachios-iran-war-dubai-chocolate.html
  2. Sur l'impact eau et environnement de la monoculture de pistaches en Californie https://www.bbc.com/news/business-41640066
  3. Sur le potentiel de la pistache au Maroc et les contraintes techniques actuelles agrimaroc.ma/pistachier/